Éduquer son oreille

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LPA134
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Message non lu par LPA134 »

Je suis d'accord avec l'approche de Héral, Dupont et wf, à savoir changer sa façon d'écouter, basculer d'une écoute passive vers une écoute active, analytique (avec et sans matériel).
Dans notre quotidien il y a effectivement énormément de détails qui peuvent nous apprendre des choses sur le son. Il suffit de se poser quelques questions et de tendre l'oreille : de quelle façon une rue réverbère le son, comment est-ce qu'une voix est naturellement filtrée avec la distance, comment un son en mouvement est-il modulé (effet doppler, réflexions sur le sol, sur les murs, réverb), etc ...

Mais il y a également autre chose d'intéressant à faire (et là c'est pour les gros autistes) : essayer de décomposer mentalement les principales harmoniques d'un son simple (par exemple le beep du métro :D). C'est une chose faisable au quotidien qui permet un bon entrainement (du cerveau, comme cela a été précisé) ! :)
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sigir
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Message non lu par sigir »

Une autre manière de voir les choses : comme il a été dit, on entend mais on n'écoute pas. Donc on a déjà entendu des tas d'ambiances différentes, le cerveau a ça quelque part dans un coin.

Quand je dois faire un son (théâtre), je m'imagine sur les lieux de l'action, avec tous les paramètres possibles, dont l'ambiance de l'action (si j'ai pu voir des répétitions). Éventuellement je ferme les yeux et je m'imagine vraiment y être. Et là j'entends le son qu'il faut, celui que je dois recréer. Je l'analyse, puis je fais ce que je pense.
Ensuite je l'écoute de 2 manières : en m'imaginant sur place, et aussi sans a priori, pour voir si sans contexte le son est crédible. Dans les 2 cas c'est encore ma mémoire auditive qui me sert à comparer, inconsciemment.
Régis Fraisse
2at8
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Message non lu par 2at8 »

Dans la première partie des années 70, j'ai fait tout au long de l'année et à différentes heures une captation dans la même rue piétonne, même circuit. J'ai utilisé un casque intégrant 2 microphones et un magnéto à cassette en bandoulière. Les passants imaginaient une sorte de walkman et n'étaient donc pas sur la défensive. Les captations sont donc très naturelles. A la ré-écoute, c'est incroyable de se laisser porter par ces "cartes postales sonores". On devine la saison et l'heure de la journée.

Comme évoqué plus haut par Heral le filtre cognitif étant très différent à l'écoute, une multitude de sons remontent à la surface et viennent pixéliser ou géométriser les plans auditifs de multiple manière. A l'époque j'en ai utilisé certains passages notamment pour des fonds d'air au théâtre.

Il me faudrait refaire ce travail, toujours avec un matériel discret, type 2 capsules 4060 cachées dans le col ou les épaules. A ce propos une écoute comparative serait sans doute instructive. Malheureusement, ce sont maintenant de vieilles cassettes qui ont très très mal vieilli.

Pendant la semaine du son Murray Schafer venu en France a animé un atelier sur les paysages sonores et dans quelques villes de France, il a demandé aux participants de faire et d'écouter une sorte de happening sonore avec des aspects parfois assez délirants, mais très instructifs.
dasound
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Message non lu par dasound »

Tout a fait d'accord avec ce qui a été dit.

J'ai l'impression que tout ça passe aussi grandement par l'apprentissage d'un vocabulaire que l'on rapporte à des paramètres sonores caractéristiques (et wf c'est la qu'une école apporte des choses :wink: ).
Après c'est pas parce qu'on aura écouté avec bcp d'attention des ambiances naturelles qu'on aura l'oreille éduquée à ce qui marche dans une représentation du son au cinéma, à la radio, car l'approche naturaliste dans la conception d'une bande sonore existe pour sur mais n'est que rarement l'approche appropriée AMHA.

Donc éduquer son oreille, c'est aussi aller beaucoup au cinéma, écouter de la musique, la radio essayer d'analyser les évènements/combinaisons/traitements sonores qui créent une sensation qui nous plait.
Benjamin Rosier - La Puce a l'Oreille
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ray
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Message non lu par ray »

A tout ce qui a déjà très bien été dit on pourrait ajouter ceci: pour l'éducation d'un sens, le "truc" c'est de vivre "conscient".

C'est une forme d'auto-apprentissage et ça passe par la nomination.

Il faut pouvoir mettre des mots sur des sensations.

Beaucoup de gens peuvent nommer une quantité d'objets qu'ils voient, les décrire en détail ou même en faire des petits dessins.

Mais peu de gens reconnaissent, par exemple les oiseaux à leur chant et encore moins possèdent le vocabulaire pour décrire leurs sensations auditives.

Or le chien réagit au son de la voiture de ma femme (et à aucune autre voiture du même modèle), alors que le véhicule est encore dans la rue à 100 mètres. Il y a donc des composantes sonores particulières et très subtiles. Pour un Stradivarius comme pour une Peugeot!

Je recommande l'exercice qui consiste à se tenir dans un lieu pendant 20 minutes maximum, et de consigner par écrit tout ce qu'on entend mais qu'on ne voit pas.

En répétant ça très souvent on élargit énormément le champ des sensibilités.

On découvre que le son de la nuit c'est autre chose que la chouette et le chien qui aboie...

Il est possible de réaliser des jeux où on écoute des enregistrements sonores d'ambiances et où chacun décrit ce qu'il a perçu.

Ensuite on confronte, on réécoute...

L'idée c'est d'exprimer des sensations.

Ca marche pour tous les sens et ça donne envie de vivre mille ans...

;-)
2at8
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Message non lu par 2at8 »

Sur ces questions des noms, j'ai l'occasion d'organiser des formations sur le son. Un des exercices que je pratique consiste à écouter une dizaine de plages courtes, mais très différentes, depuis musique classique, ambiance jusqu'à musiques concrètes. Chacun remplit une fiche avec une série de colonnes sur couleur, adjectifs, etc… Ensuite on regarde le tout c'est très surprennent de faire des comparaisons entre les zones redondantes ou exclusives et d'en expliciter les raisons. Certains sons sont "perçus" par tous presque de la même façon, d'autres c'est la pagaille totale, pas de dénominateur commun. À chaque fois c'est un apprentissage individuel et collectif qui amuse et intéresse tout le monde. Ça marche aussi bien pour des enfants que des adultes, le plus significatif étant le choix et la variété des bandes-son écoutées.

Ensuite, reste-la question de comment nommer les sons et là la question du vocabulaire butte très vite sur nos grilles de lecture. Mais tout ceci est un vaste débat, dans lequel l'approche pragmatique de l'écoute doit être accompagnée par une approche plus didactique. :dm1000:
Dupont
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Message non lu par Dupont »

dasound a écrit : l'approche naturaliste dans la conception d'une bande sonore existe pour sur mais n'est que rarement l'approche appropriée AMHA.
C'est assez vrai, la fiction est d'ailleurs bien souvent histoire de "tricheries", mais il me semble que, comme ça peut être le cas en musique, il faut d'abord connaitre ses fondamentaux (qu'est qu'une ambiance ville, à partir de quoi la créé t'on?) pour pouvoir ensuite s'en éloigner... :wink:
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Larkflight
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Message non lu par sigir »

Or le chien réagit au son de la voiture de ma femme (et à aucune autre voiture du même modèle), alors que le véhicule est encore dans la rue à 100 mètres. Il y a donc des composantes sonores particulières et très subtiles. Pour un Stradivarius comme pour une Peugeot!
le "donc" est de trop car on ne sait pas à quoi réagissent les chiens, il y a d'autres théories, aucune n'est prouvée. Je te propose de prendre un autre exemple quand tu expliques ces choses 8)
Régis Fraisse
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ray
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Message non lu par ray »

sigir a écrit : le "donc" est de trop car on ne sait pas à quoi réagissent les chiens, il y a d'autres théories, aucune n'est prouvée. Je te propose de prendre un autre exemple quand tu expliques ces choses 8)
ooops... j'ai fait quelque chose de mal...

Quel serait alors le bon exemple?


Merci.
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