Bonjour JYVD,
Il y a quelques temps j'ai découvert Pascal Rueff et son spectacle "L'île de T.".
Ce monsieur est à la base un preneur de son.
Son spectacle est une forme de théâtre / cinéma pour l'oreille, basée sur une écoute binaurale (donc au casque, et très bien réalisée) de la zone interdite de Tchernobyl, articulée avec du texte joué en direct autour d'une tête artificielle.
Zone interdite qu'il a arpentée de nombreuses fois : à la base de son projet, il s'agissait de ramener, à travers le son, quelque chose de ce drame arrivé là-bas. Sauf que, dans la zone interdite, il n'y a rien, exceptée la Nature qui a repris ses droits, quelques humains restés sur place, des lieux de vie abandonnés et surtout, la radioactivité ne fait pas du bruit (excepté traduite par le binaire du dosimètre). Un cataclysme qui produit du silence. Ayant ramené des giga-octets de prises de son, il n'y avait rien de directement traduisible pour l'intention recherchée du départ. Il s'est donc demandé quoi faire de toutes ces tonnes de silences ???
Son travail, à la fois comme preneur de son et comme artiste, a donc consisté à rendre une émotion particulière et palpable, éminemment poétique, strictement articulée autour du silence (quand je dis silence, moi, j'entends par là l'
absence d'évènements sonores précis qui impliqueraient une compréhension, un sur/soulignage, une argumentation, une manifestation voire une traduction implicites du propos).
Peut-être s'agirait-il donc ici d'une pensée du "silence" en tant qu'"absence" de ce qui est attendu, et, par défaut, utilisé comme tel pour exprimer cet attendu...
Sinon, côté musique, je suis un immense fan de celle de Morton Feldman (notamment sa composition Piano & String Quartet - interprétée par le Kronos Quartet) : une musique presque infinie, figée en ne l'étant absolument pas, où comme si chaque accord déployé et suspendu cherchait à dire quelque chose du silence et de son abyssale étrangeté... Ecoutable en ligne.
Peut-être peux-tu aussi aborder le silence dans ses points de vue philosophiques voire mystiques ?
Le silence peut-il aussi être un élément / mécanisme de langage pour un auteur ? Et donc, au cinéma, pour un monteur son ? (hé oui, je ne pratique pas ce métier mais je pourrais parfois le comparer avec un véritable travail d'auteur, en tant que c'est une écriture et une narration, au-delà du principe d'illustration sonore...)
Bon, au cinéma, peut-être peut-on considérer que le silence contribuerait à accéder à la vie intérieure des images, celle qu'on verrait "derrière" ces images, comme un mécanisme ex-plicite, une métaphore visuelle / sonore de l'impossible...
Bon courage et tiens nous au jus.
ps 1: réflexion avec un X !!!
ps 2: étonnante cette histoire de machine anti-silence chez les diffuseurs radio : une sorte d'anti-gate qui balance quoi en cas de silence prolongé ??? un fond d'air ? un buz ? une pub ? un ricanement ?
